Livre Au nom des femmes battues : ma vie, mon calvaire, mon témoignage de Tatiana-Laurens Delarue
Lecture

Témoignage : « Au nom des femmes battues »

Tatiana-Laurens Delarue a écrit le livre « Au nom des femmes battues : ma vie, mon calvaire, mon témoignage ». Elle y parle de son enfance et de sa maman, décédée après des années de violences conjugales. Elle nous raconte comment, elle aussi, a plongé dans cet enfer et nous parle des violences psychologiques, physiques et sexuelles qu’elle a subies. J’ai été sensibilisée à cette thématique dans le cadre d’une formation professionnelle dans le but de comprendre, repérer et agir. Les témoignages proviennent le plus souvent de l’expérience des professionnels. J’ai donc apprécié lire celui de cette victime et son parcours avant de s’en sortir. Cela m’a permis de mieux connaître le sujet et surtout, mieux comprendre les sentiments des personnes battues, leurs peurs et leurs combats quotidiens.

Un très dur mais beau récit même si la fin était un peu moins intéressante à mon goût. Je l’ai lu en quelques jours, quand on le commence on a du mal à décrocher tellement on est pris par son histoire et l’envie de connaître la suite.

Extraits du livre

« Tel est souvent le cycle infernal de la violence. Lorqu’on est pris dans l’engrenage, l’étau se resserre jusqu’à la mort. Pas moyen d’y échapper, à moins d’un miracle, à moins qu’un sauveur digne de ce nom s’égare dans les parages ou que quelqu’un sache reconnaître les signes de la violence conjugale, comme on apprend à détecter les symptômes d’une maladie, pour la prévenir et la soigner. »

« Je ne voyais rien, mais je devinais la nature des coups, les objets qu’il utilisait, les endroits où il cognait ; je savais reconnaître une volée de gifles d’un savatage à terre. Pétrifiée par la peur, je suivais le calvaire de ma mère avec le son, mais sans les images, (…) »

« Je me sentais mal, mais jamais je n’aurais raconté que ma mère subissait la violence conjugale. Cette expression m’était tout à fait étrangère. »

« Avais-je vraiment besoin de motivation pour vivre, après tout ce qui m’était arrivé auparavant ? Non, le goût de vivre je l’avais. J’avais plutôt besoin de m’épanouir, de courir, de croquer la vie, de foncer, de mettre le turbo, (…) »

« Pour le moment, je devais laissé le passé derrière moi, enfouir ma vie d’avant, fuir la souffrance, pour ne pas laisser ce lourd fardeau me faire couler dans les eaux trop profondes. »

« Lorsque l’on a peur de mourir, on n’a plus d’autre choix que d’obéir, pour rester en vie. On est complètement dérouté, et littéralement perdu. »

« Je savais qu’il ne s’absenterait que trois jours seulement, que je devais prendre mon courage à deux mains, ne pas penser à ses menaces de mort et fuir, à tout prix ! Mais la peur était la plus forte, car une fois le seuil de la porte franchi, sans le moindre sou, qui aurais-je pu appeler ? Où aller ? Qui allait me croire ? Qui accepterait de m’accueillir et de me protéger ? N’allais-je pas mettre mon père en danger si je retournais chez lui ? (…) Voilà les questions qui tournaient en boucle dans ma tête, ces mêmes questions qui sont la cause du décès d’une majorité de femmes subissant la violence conjugale. Que faire, qui va m’attendre, où aller ? Le fait de ne pas savoir où aller et à qui parler, ajouté à la peur des représailles promises par leur bourreau, sur elles, mais aussi sur toute leur famille les contraint au silence. Sans compter la peur de « l’après-coup ». S’il me retrouve, il va me tuer cette fois-ci ! J’ai intérêt à bien me cacher, et à vie ! »

« (…) la violence conjugale est une spirale infernale de laquelle il est très difficile d’échapper. L’agresseur a tellement entretenu la peur chez sa victime qu’elle en est prisonnière. (…) Voilà pourquoi les femmes battues restent avec leur compagnon ; voilà pourquoi elles « reprennent » leur mari à la maison, malgré l’incompréhension totale de leur entourage, et de la société en général. Ce n’est pas qu’elles aiment les coups et qu’elles en redemandent. C’est qu’elles sont tellement terrorisées, qu’elles se disent qu’il vaut mieux mourir demain, plutôt qu’aujourd’hui, lorsque leur bourreau se représente à la porte. Seules, isolées pour la plupart, sans défense, elles savent qu’elles ne font pas le poids. Et la peur prend le dessus sur tout le reste… »

« Se rendre compte que celui dont vous avez embrassé la bouche, caressé de vos lèvres et de vos mains chaque partie de son corps, vous trahisse du jour au lendemain, est abominable. Cette même bouche qui vous embrassait hier, se met à prononcer des mots orduriers, ces mains qui ont parcouru votre corps de caresses, deviennent des instruments de torture, à vous briser les os, à vous bleuir la peau, à creuser des sillons dans votre chair. Sans parler de ses yeux dans lesquels vous vous êtes plongée pour dire des mots doux, et qui vous transpercent d’un regard si diabolique, que jamais vous n’auriez imaginé être un aussi petit déchet sur terre. C’est cela le pire, pour une femme battue. »

« Oui, c’est vrai, je n’ai pas déposé plainte par peur de mourir, qui oserait me le reprocher ? Les femmes battues subissent souvent ce type de reproches, par des personnes qui ne connaissent pas le mécanisme de la violence conjugale. Si elles restent, elles risquent de mourir, si elles partent, c’est pareil. »

« On se fit la bise sur le palier. Je sentis que son doux baiser sur la joue pourrait rapidement se transformer en un baiser plus charnel. Au moment d’entrer dans l’ascenseur, nos regards se croisèrent de nouveau, avec insistance et là, je sentis un éclair parcourir mon corps, car son regard trahissait les mêmes sentiments que les miens ! Mon coeur se mit à battre la chamade. Je ne pouvais plus me mentir. Ce garçon ne me laissait vraiment pas indifférente. Un sentiment d’amour me bouleversa. C’était troublant, ensorcelant, déchirant. »

« La violence conjugale ne s’arrête pas aux coups. Elle est intrusive, manipulatrice, intelligente. Si la justice ne s’y oppose pas fermement pour la faire cesser, alors l’agresseur n’aura de cesse de harceler sa victime, les enfants de sa victime, la famille de sa victime. »

« Encore un pas… Chaque pas est important, qu’il soit petit ou grand… »

« Parce qu’une femme meurt tous les trois jours en France, sous les coups de son compagnon de vie, et que cette réalité est une insulte à la condition humaine. »

Lutte contre les violences conjugales

A travers ce livre, le but de Tatiana-Laurens est d’ouvrir les yeux sur ce qui se passe tous les jours, parfois sans le savoir autour de nous, chez nos voisins, nos collègues, nos amis… Que chacun apprenne à détecter la violence conjugale, « que les femmes qui la subissent n’emportent pas leur secret dans leur tombe, juste par peur de ne pas être crues ou entendues. »

En 2009, elle créée l’association Rose-Jaune qui à pour mission de lutter, éduquer, prévenir et dénoncer les violences conjugales. Et puis si ça peut être utile, je note ici le numéro d’écoute, d’information et d’orientation : le 3929.

Et je laisse là quelques liens à consulter, celui du Gouvernement : https://arretonslesviolences.gouv.fr/ et celui de la Fédération nationale des Centres d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles : http://www.infofemmes.com/

Avez-vous déjà lu des livres sur la thématique de la violence conjugale ? Des titres à me conseiller ?

Pour découvrir mes autres lectures, ça se passe ici !

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