Couverture du livre Au coeur des autres de Xavier Bouchereau.
Lecture

Livre « Au cœur des autres – Journal d’un travailleur social »

L’auteur, Xavier Bouchereau, est éducateur spécialisé de formation et travaille depuis plus de 20 ans en protection de l’enfance. Dans son livre, « Au cœur des autres – Journal d’un travailleur social », il rend compte de son travail et son quotidien d’éducateur. Depuis ses premières années dans la profession, il écrit. Une phrase, quelques lignes ou quelques pages… de ces moments que l’on n’oublie pas. Puis c’est un livre qui est né, comme un journal de bord. « (…) tous les jours nous regardons en face ce que plus personne ne veut voir, la face cachée de notre société, la souffrance sous toutes ses formes : la misère, la maltraitance, l’isolement, l’exclusion, la violence conjugale, la maladie. » Je conseille ce livre à tous et notamment aux personnes travaillant dans le social et l’insertion ou qui souhaitent s’y orienter. J’ai moi-même choisi ce livre de part mon parcours scolaire et professionnel. La lecture permet de mieux comprendre le métier, ses valeurs, ses limites mais aussi les émotions et ressentis que l’on peut avoir en tant que travailleur social. Le livre est très facile à lire et très intéressant.

Extraits du livre

« Il [notre métier] est fait de petites choses, de moments joyeux partagés avec les enfants, de paroles anodines mais riches de sens, de décisions graves et lourdes de conséquences. C’est un art du quotidien qui s’apprend au plus près des personnes, loin du regard de tous, dans la banalité d’une rencontre, dans les pépites d’une parole. »

« Ce sont des moments qu’on n’oublie pas, des histoires de tous les jours, des histoires passées sous silence, dont on ne ressort pas indemne mais qui vous construisent professionnellement et humainement. C’est toute la richesse de ce métier, il bat au cœur des autres. »

« A moins de se former une épaisse cuirasse, à moins de devenir sourd et aveugle, ce métier ne peut pas vous laisser indifférent. Il vous bouscule, renverse vos certitudes les plus solides sur la nature humaine, vous oblige souvent à comprendre l’incompréhensible, à constamment revisiter votre rapport aux autres. Au fil des années, ce métier vous change en profondeur, laissant en vous sa trace, une empreinte indélébile… (…) Chaque professionnel s’arrange comme il peut pour dépasser les embarras du métier, pour ne pas se laisser submerger par ce qu’il voit. »

« Comment penser sa pratique sans partir de soi, de son histoire ? Notre parcours raconte aussi notre manière d’incarner ce métier. Car bien avant d’être des professionnels, nous sommes des hommes et des femmes, des sujets avec un rapport au monde singulier, des souvenirs, des émotions, des rêves, et cette subjectivité est nécessairement agissante dans les métiers de l’humain. On ne noue pas des relations, même professionnelles, en mettant de côté ce que l’on est. Nos origines, ce que nous ont transmis nos parents, et à travers eux nos grands-parents, ont forcément laissé leurs empreintes sur ce que nous sommes. »

« Il y a des phrases plus difficiles à entendre que d’autres, parce qu’elles heurtent le sens commun, vos habitudes, vont à l’encontre de votre manière de penser. Il y a des phrases auxquelles on ne s’attend pas, (…) J’ai entendu beaucoup de choses, certaines horribles. J’ai recueilli des confessions dont je me serais bien passé, (…) des mots lâchés dans le vide, abandonnés à eux-mêmes, que l’on attrape parce qu’ils sont là et qui pourtant d’un seul coup vous transpercent. (…) Il y a des phrases qui n’attendent rien. »

« … le plus important c’est qu’on va essayer ensemble de trouver des solutions qui lui conviennent. Pas de recettes miracles donc, juste un accompagnement pour que les choses s’améliorent un peu, … »

« Sa poignée de main est chaleureuse et virile. Elle me dit combien j’ai compté pour lui, c’est plus qu’une poignée de main, c’est un remerciement. Je sens de la gratitude dans sa manière de marquer chaque temps du geste. Il est pourtant le principal artisan de sa réussite. Je n’ai été qu’un soutien imparfait. »

« Ce sont des gens bien. Des personnes ordinaires, de celles que l’on croise tous les jours, qui vous disent bonjour, avec qui il est agréable de parler un moment. »

« Je ne suis pas pour grand-chose dans ces changements, mais je n’y suis pas non plus pour rien. Je les ai accompagnés, encouragés, soutenus comme j’ai pu. Nous avons connu quelques tensions, mais la confiance réciproque a toujours été au cœur de nos échanges, et nous avons su trouver ensemble les moyens d’avancer. La mauvaise passe est derrière eux. Aujourd’hui, c’est tout ce qui compte. »

« Monsieur a haï sa femme au point de la harceler au téléphone, de la suivre au travail, il voulait savoir, donner un nom à sa douleur, un visage à ce qui lui arrivait, pouvoir hurler sa colère. »

« J’essaie de ne rien montrer de ce que je ressens, de toute façon ce n’est pas le moment, le gamin d’abord. »

« On ne s’habitue pas avec le temps, on apprend juste à mieux gérer. »

« Désir de voir les personnes s’en sortir, désir farouche qu’ils redressent la tête, qu’ils soient enfin fiers de ce qu’ils sont, désir de protéger les enfants, de les regarder de nouveau sourire, de leur imaginer un autre avenir, une autre condition que celle qui leur est promise. (…) Désir que l’on devine chez l’autre, que l’on tente de réanimer, de faire vivre. »

« J’appréciais son goût pour les relations simples, silencieuses, sa retenue, cette force tranquille qu’il dégageait quand il parlait de lui ou de ses enfants. J’aimais sa pudeur quand il se confiait, sa manière d’aller à l’essentiel, de fermer doucement les yeux quand il était contrarié, son sourire quand il voulait partager une bonne nouvelle. Mes parents m’ont élevé avec ces silences chargés de sens, ces moments où le regard suffit, où les mots ne servent à rien, où ils encombrent les sentiments plus qu’ils ne les révèlent. »

« On ne revoit jamais la plupart des personnes que nous accompagnons, ils disparaissent de nos vies comme nous disparaissons des leurs, et c’est très bien comme ça. Et puis un jour, comme ce matin, on les croise alors qu’on se promène en famille, surpris à notre tour dans notre intimité, eux qui nous ont si souvent livré la leur. Cela n’arrive pas si souvent, mais quand cela arrive, c’est toujours un moment particulier. »

« On prépare la journée à venir, on débriefe la journée passée, on sollicite quelques conseils, on dédramatise une situation, on refait le monde, on s’emballe, on critique, on s’agace, on rit, on se moque, on se provoque, on se taquine, on parle politique, on parle de nos enfants, et puis parfois on s’engueule. C’est un moment important qui va au-delà de la simple convivialité, l’équipe se construit aussi là, dans la cuisine, loin du regard de l’institution, dans cette parole ouverte, spontanée. Chacun apprend à connaître l’autre, dans ses humeurs, ses contradictions, ses disponibilités, ses réticences, ses points de tension, ses moments de faiblesse, toutes ces petites choses qu’on trimballe (…) Nous avons tous besoin les uns les autres pour travailler, c’est d’ailleurs la seule façon de vivre ce métier sans s’embourber. »

« On ne peut pas accompagner les personnes en souffrance sans donner de soi (…) Il ne s’agit pas seulement d’apprendre des techniques, de se reposer sur les institutions ou sur les organisations, il faut savoir s’investir, s’accrocher à ce que l’on est, puiser en soi les ressources nécessaires. Parfois, c’est vrai, il faut aller chercher loin, très loin. Il y a quelque chose entre soi et soi à régler avant d’imaginer pouvoir s’engager dans ce travail. Une part irréductible, fondamentalement intime, qui ne s’apprend pas dans les écoles de formation, parce qu’elle ne s’apprend pas, elle se vit. »

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