Affiche film Joyeux Noël
Lecture

« Joyeux Noël » par Christian Carion

En cette période de fêtes de fin d’année, nous entendons et lisons un peu partout que ce Noël est particulier. Certes, il peut l’être pour beaucoup d’entre nous mais moi cela me fait penser au Noël 1914 et au livre « Joyeux Noël » que j’ai lu en début d’année. Son auteur, Christian Carion, est né dans le Nord de la France (à Cambrai) et est avant tout réalisateur.

Vous avez peut-être vu le film sorti en 2015 avec notamment Diane Kruger, Benno Fürmann, Guillaume Canet et Dany Boon. Le livre tout comme le film sont émouvants car relatent des faits réels et spontanés s’étant produits lors de la Grande Guerre : les fraternisations. Alors que les soldats mobilisés pensaient être rentrés dans leurs familles pour Noël, la guerre continue… Les troupes sont épuisées, écœurées et choquées par l’étendue des pertes humaines. Leurs conditions de vie dans les tranchées sont insupportables : la boue, le froid, l’humidité, les rats, l’absence d’hygiène, la faim, la maladie, l’éloignement de leur famille, l’incompréhension de cette guerre, la fatigue, la peur, les combats, les blessures, la mort. Et malgré tout, dans cet affreux contexte : une petite parenthèse de paix impensable, à l’occasion de Noël.

La preuve que l’humanité, le partage et la solidarité sont possibles même dans les pires moments. La Première Guerre mondiale fut particulièrement meurtrière et le bilan humain est effarant. Le nombre de soldats morts s’élève à environ dix millions. Il y a également eu des millions de morts parmi les populations civiles et des millions de combattants blessés et mutilés. Une pensée pour toutes ces personnes qui ont vécu, elles, des Noël vraiment particuliers !

Extraits du livre

« Les fraternisations de la Grande Guerre. Le 24 décembre 1914, à peine cinq mois après le début de la guerre, des soldats britanniques et allemands ont, d’un commun accord, cessé de se battre et fêté ensemble Noël. En France, ces fraternisations, qui se produisent sur toute la ligne du front, seront tenues secrètes par les autorités militaires. (…) Se souvenir de ces gestes de sympathie et d’amitié entre ennemis déclarés, moments volontairement effacés des livres d’Histoire et longtemps oubliés par la mémoire collective, c’est rendre hommage à tous les malheureux poilus de la Grande Guerre et à leur désir de paix. »

 « D’ailleurs, la tranchée est passablement encombrée de colis et autres conserves envoyées par les familles à leurs enfants retenus sur le champ de bataille. Toutes les provinces gastronomiques semblent rivaliser dans un gigantesque concours culinaire. Mais les mères et les femmes qui ont concocté ces conserves ne cherchent pas à remporter le titre de meilleure cuisinière pour la tranchée. Elles ont simplement voulu, au travers des saveurs de leur pays, se rappeler à la mémoire de celui qui leur manque tant. Cuisiner pour celui qui est parti leur a permis de faire taire un moment le chagrin avec lequel elles apprennent à vivre, mal. »

« Et puis je me suis promené dans ce cimetière. (…) Mais ce qui m’a le plus frappé, ce sont les âges gravés dans la pierre : 17, 18, 19, 21, 23 ans… J’avais le même âge que tous ces garçons morts au printemps 1917 pour reprendre mon village à l’ennemi. Je crois que c’est dan ce cimetière que j’ai eu envie d’en savoir plus sur cette guerre avec laquelle on m’avait cassé les pieds à l’école. »

« Les photos prises par les soldats ont été brûlées, les lettres, censurées, le contrôle des journaux, accru, et on a bombardé les secteurs où les hommes continuaient à se voir entre les tranchées. Ainsi la guerre l’a emporté sur l’idée de paix, comme elle a emporté dans la mort plus de 10 millions d’hommes. Avec le temps, le souvenir des fraternisations s’en est allé au fur et à mesure que disparaissaient les hommes qui les avaient vécues. En novembre 2005, le dernier témoin de ces moments uniques est mort à l’âge de 109 ans, quelque part en Écosse. »

« En lisant ce livre, vous ressusciterez, d’une certaine manière, la mémoire des hommes qui se sont tendu la main un soir de Noël. Ce qu’ils ont fait ne doit pas tomber, à nouveau, dans l’oubli. Plus que jamais, lire rime avec souvenir. »

« Il n’est pas le seul à être envahi par cette nostalgie. Dans les yeux de ces hommes sales et fatigués, dansent les images des Noëls d’avant tout ça : des visages familiers et aimés surtout, mais aussi des rues de villes illuminées, des glissades sur des petits lacs gelés, des fenêtres éclairées où viennent mourir des flocons poussés par le vent de la nuit, la chaleur aussi d’un lit moelleux avec, pour les plus chanceux, le contact d’un corps aimé… »

« Toute la tranchée allemande écoute la voix extraordinaire du ténor interpréter leur chant de Noël par excellence. Même Horstmayer se laisse gagner par l’ambiance générale. Il regarde surtout des hommes avec compassion. Il sent à quel point ces paroles, écoutées ou chantées par tous depuis leur tendre enfance, réchauffent les cœurs fatigués, dérident les visages vieillis avant l’heure, éloignent le spectre des souvenirs horribles, enfouis depuis cinq mois maintenant. »

« Voilà. La jonction est faite. Les hommes s’immobilisent au milieu du no man’s land, face à face. On se regarde, se découvre. La même saleté, la même fatigue sur les visages les rapprochent déjà. »

« L’officier s’approche du lieutenant, le verbe haut : – Comment as-tu pu te laisser embarquer dans une telle… – Si vous êtes venu me faire la leçon, vous pouvez repartir tout de suite ! – Mais bon sang ! Est-ce que tu te rends compte que c’est très grave ce qui s’est passé ! Ça s’appelle : haute trahison ! Peine de mort… ! Mais on ne peut pas fusiller deux cents hommes… On ne peut pas ! C’est ce qui vous sauve, sache-le… Sans compter tous les autres cas de fraternisation un peu partout qui nous ont été rapportés depuis… Si l’opinion publique apprend ça… – Ne vous inquiétez pas ! Aucun de nous n’ira le raconter ! – Je l’espère !… En tout cas, j’imagine ! – Quoi « vous imaginez » ?… Les gars qui ont vécu ça, ils n’en ont pas honte, si c’est ce que vous croyez ! Ils n’en parleront pas parce que personne ne les croira ni, encore moins, ne les comprendra ! C’est tout ! – Moi, je ne te comprends pas ! Participer à des actes pareils avec l’ennemi… alors qu’une partie du pays est durement occupée, vraiment je… – Le pays !… Mais qu’est ce qu’il sait, le pays, de ce qu’on souffre ici, de ce qu’on fait sans rechigner, hein ? Je vais vous dire moi : je me suis senti plus proches des Allemands que de tous ceux qui crient « Mort aux Boches ! », bien au chaud, chez eux, devant leurs dindes aux marrons ! »

Joyeux Noël !

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