Livre Elles et eux et la déportation
Lecture

Livre « Elles et Eux et la déportation »

« Elles et Eux et la déportation », un livre riche en témoignages, de Caroline Langlois et Michel Reynaud, sur la thématique de la déportation. Trente-et-un portraits de femmes et d’hommes qui ont vécu l’emprisonnement, pour des raisons diverses, puis la vie dans les camps. Contrairement à mes précédentes lectures, les récits ne décrivent pas forcément la période concentrationnaire. Ils sont plus fortement accès sur l’avant puis les marches de la mort, la libération, le rapatriement et le retour « dans le monde des vivants ». Ensuite vient l’après, bien souvent difficile lui aussi… On y parle d’opposants politiques, de Résistance et d’engagements, d’implication dans la vie citoyenne, caritative, syndicale ou encore politique. Des personnes engagées qui racontent leur histoire, leur combat d’humanité, de vie et de mémoire. Ce livre fait suite à « Elles et Eux, de la Résistance. »

Extraits du livre

« Ces témoins, nous les avions pour certains vus souvent, souvent entendus mais si peu écoutés à la lettre, à la larme, au sourire, au mot, à l’émotion précise. » Michel REYNAUD

Pierrette BROCHAY-ROSSI – Née le 7 février 1918 à Lyon : « Vous nous demandez un texte sur notre retour des camps, un texte qui dirait ce que nous sommes aujourd’hui. Nous étions plus ou moins jeunes, plus ou moins gaies ou sereines. Nous sommes revenues autres. »

Marie-José CHOMBART DE LAUWE – Née le 31 mai 1923 à Paris : « Mais mes yeux rapportent des images terribles, ils ont vu plus que la mort, l’inhumanité dont l’espèce humaine s’est rendu coupable dans l’univers monstrueux des camps. » « Comme me l’a dit Geneviève de Gaulle : « Pour nous, les femmes déportées, c’est souvent en donnant la vie que la vie nous a été rendue. » » « Chaque trajectoire de déporté est individuelle, particulière, mais l’ensemble des récits recueilli forme un tout, le vécu de la déportation révélant par de multiples facettes la place de chaque victime dans l’univers concentrationnaire. » « Le système concentrationnaire nazi s’inscrit dans l’histoire du XXe siècle marqué par de grandes souffrances et un véritable retour à la barbarie : deux guerres mondiales causant des millions de morts, des ruines, d’immenses souffrance, et surtout le pire mépris de l’être humain, allant jusqu’à la mise à mort industrielle d’individus pour le seul motif d’être nés. »

Jean BEZAUT – Né le 26 décembre 2921, par Éléonore Forget, sa petite-fille : « Papia, on est tous tellement fiers de pouvoir dire que l’on t’a connu, que tu sois notre grand-père et que tu aies été pour moi ce qu’on appelle un grand homme. J’ai toujours eu envie comme tous tes petits enfants de chercher à te connaître mieux, à savoir ce que tu avais vécu pendant la guerre. J’ai eu le courage cette année de te questionner et j’ai découvert un homme extrêmement courageux qui a su faire face à ces épreuves, trouver la force nécessaire pour te battre. Témoigner était une chose primordiale pour toi, maintenir la vérité historique et ne pas basse la garde. On te promet aujourd’hui, Papia, de transmettre et héritage, de faire comprendre à nos enfants quel homme tu étais, avec cette force, ta foi et ta volonté de ne jamais taire la vérité. Tu es un homme qui m’a toujours énormément impressionnée et l’amour que je te porte dépasse les frontières de la vie. »

Gisèle GUILLEMOT – Née le 24 février 1922 à Mondeville : « (…) Je crois en l’Homme comme d’autres croient en Dieu, je leur tiens un discours qui peut parâtre idéaliste, presque religieux. Je ne leur dis pas qu’il faut s’aimer les uns les autres mais se respecter, se tolérer avec nos différences. J’essaie de les convaincre qu’il faut s’engager pour faire respecter les valeurs universelles que sont la liberté et l’égalité des droits. Je leur rappelle tous les progrès réalisés depuis l’antiquité, malheureusement presque toujours à l’issue de combats meurtriers. J’essaie de les convaincre que rien n’est arrivé sans luttes et puisque nous sommes là pour parler de notre expérience, je leur rappelle que sans les millions d’êtres humains sacrifiés sur les champs de bataille, dans les prisons et les camps, leurs parents auraient vécu comme des esclaves et qu’eux-mêmes le seraient peut-être encore. Je leur répète obstinément que la passivité est leur pire ennemie. Je leur rappelle que beaucoup de gens sont morts pour obtenir le droit de gérer leur destin, et qu’aucun combat n’est jamais vain. Je veux aussi que les filles se souviennent qu’elles doivent à leurs grand’mères leur droit de vote et que c’est une trahison de l’oublier. »

Paulette LECHEVALLIER – Née le 23 septembre 1920 à Caen : « J’ai foi dans l’être humain, nous avons vu le pire mais nous avons vu aussi que les êtres étaient capables du meilleur. Je crois en la force de la solidarité, à l’entente entre les peuples. J’encourage chacun, chacune à ne rien accepter sans comprendre, à ne pas laisser les autres décider à leur place, à n’accepter aucune atteinte aux libertés et ne pas tolérer l’injustice. S’il n’y avait pas d’injustice, il n’y aurait pas de guerres, pas de tortures, pas d’enfants qui meurent de faim… Liberté, justice, paix sont, pour moi, des valeurs inestimables, elles ont été mon fil conducteur tout au long de ma vie. C’est pour ces valeurs que je continue à témoigner tout en revendiquant l’application de l’article 3 de la constitution du 27 octobre 1946 : « La loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l’homme. » Cette égalité nous l’avons bien méritée. »

 Pierre BILLAUX – Né le 3 juillet 1925 à Trun : « Maintenant, arrivé au soir de ma vie, je regarde en arrière et mesure la chance d’être toujours là, après avoir connu l’enfer concentrationnaire au temps de ma jeunesse, d’avoir partagé cette vie avec une épouse tendre et généreuse, d’avoir une fille formidable (…) En somme, ma vie fut toute simple, faite de travail, de beaucoup d’amour et d’amitié partagée, de rencontres multiples et enrichissantes, et d’engagements. La seule chose qui me rend amer est que l’état du monde est loin de ressembler à celui que j’espérais après la victoire de 1945 et que le cri « Plus jamais ça », lancé par les Déportés, se soit si souvent perdu dans les sables au cours de toutes ces décennies. Mais conservons malgré tout l’espoir et, autant que faire se peut, la faculté d’indignation et aussi celle d’émerveillement. Finalement, la vie est une belle aventure. »

Guy DUCOLONÉ – Né le 14 mars 1920 à Monsempron-Libos : « Mais je me souviens que lorsque le 8 mai la fin de la guerre a été connue, je suis parti dans Paris, j’ai marché seul toute la fin de journée et j’ai pleuré en pensant à tous ceux qui ne pouvaient plus connaître la joie qui débordait partout dans les rues. » « C’est de ces années surtout que je retiens l’importance de la solidarité entre les humains, du respect de l’autre et du fait que, dans les périodes difficiles, au-delà des convictions ou des religions, seule compte la volonté d’agir en commun. Je retiens et je l’ai expérimenté depuis, ce que m’a dit un jour de 1937 un vieil ouvrier de l’usine où je venais d’être embauché : Tu sais, Guy, lorsque l’on se bat, on n’est pas sûr de gagner mais si l’on ne se bat pas, on est sût de perdre. »

Paul LE GOUPIL – Né le 12 décembre 1922 à Conneré : « Tout à coup je fus entouré, embrassé (…) Depuis mon passage au centre de rapatriement, ma venue était annoncée par télégramme et la famille et les amis se relayaient pour m’accueillir à la gare. (…) Mes parents se précipitèrent dans mes bras (…) Je retiens des larmes d’émotion et je montai rapidement dans ma chambre et y retrouvai mes objets familiers, livres et accordéon. J’avais enfoui tous ces souvenirs au fond de ma mémoire, pendant ces longs mois d’horreur, afin de tenir, de ne penser à rien d’autre qu’à lutter pour survivre et, soudain, cette grosse bulle venait de faire surface et de crever et je me mis à pleurer. »

Eva TICHAUER – Née le 26 janvier 1918 à Berlin : « Celui qui n’a pas émigré ne comprendra jamais cette douleur. » « À minuit nous contemplons Paris de Montmartre, le mont des martyrs, (…) C’est vraiment la Ville lumière. Nous sommes éblouis et pleins d’espoir de trouver en France notre nouvelle patrie. Car nous avons fait ensemble ce choix. La patrie des droits de l’homme, de la révolution et de la Commune de Paris, à la devise pleine de promesses : Liberté, Égalité, Fraternité. » « Si émigrer est une immense douleur par l’arrachement à la terre où on est né, immigrer comporte des difficultés et des embûches inimaginables pour ceux qui n’ont jamais quitté leur patrie d’origine. Le premier obstacle a franchir c’est l’acquisition d’une nouvelle langue. C’est plus facile pour les enfants que pour les parents. » « Pour survivre au-delà de six mois de malnutrition et de sous-alimentation calculées, d’appels interminables, de travaux exténuants, de promiscuité abominable, d’absence d’hygiène élémentaire, pour échapper au scorbut, aux dysenteries, à la tuberculose, au typhus, pour résister aux coups, aux fils de fer barbelés sous haute tension, qui empêchaient les velléités d’évasion, mais non de suicide, il fallait être choisi pour un kommando de spécialiste, trié sur le volet, nécessaires et/oui utiles aux SS, d’abord pour la vie du camp, pour leurs besoins personnels ensuite, et enfin surtout pour être loués comme la main-d’œuvre la moins chère aux entreprises de proximité, qui n’y voyaient que leurs intérêts et bénéfices. » « Recommencer une vie à zéro, à vingt-sept ans, est vraiment impossible. Plus de parents, plus de famille, plus d’amis d’avant, plus de logement, plus d’argent et pour quel avenir ? (…) Les portes ouvrant sur mon passé sont restées fermées. Je n’étais attendue nulle part. Il fallait me construire une vie nouvelle à partir de rien. »

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