Lecture

Quand nos souvenirs viendront danser

Une nouvelle lecture de Virginie Grimaldi : « Quand nos souvenirs viendront danser ». L’auteur nous emmène impasse des Colibris, à la rencontre d’hommes et de femmes devenus amis. Des voisins et voisines qui sont là depuis leur vingt ans et qui en ont aujourd’hui dans les quatre-vingt. Avec toutes ces années écoulées, des liens se sont créés entre eux, ils ont partagé de bons et de mauvais moments. Il y a les enfants, les petits-enfants, les lieux chers, les habitudes, les confidences, les disputes, les projets, les secrets, l’amour, l’amitié, les malheurs, les souvenirs…

Un jour, le maire de la commune souhaite faire raser l’impasse pour y construire une école. Les octogénaires ne sont évidemment pas d’accord. Toucher à leur rue, c’est mettre à mal leurs maisons, leurs mémoires et leurs vies. Alors ils vont oublier le passé et les différends et se battre, ensemble ! « C’est plus excitant qu’une sieste devant Motus. »

Virginie Grimaldi aborde l’importance des souvenirs, le temps qui passe… C’est un sujet qui touche la romancière et c’est en pensant à ses grands-parents qu’elle a écrit ce livre.

C’est plutôt rigolo de suivre les actions menées, les voir prêts à faire les quatre cent coups. Et parallèlement, c’est touchant d’en apprendre un peu plus à chaque page sur leurs histoires. Le roman alterne en effet les chapitres du présent avec la lutte des habitants de l’impasse et les chapitres en italique où les souvenirs du passé y sont retranscris. C’est ceux que j’ai préféré !

Extraits du livre

« Gaston est partout, ici. Dans les étagères que ses mains ont poncées, dans le tapis qu’ils avaient choisi ensemble, dans les cadres qui affichent leur sourire, dans l’odeur qui flotte, dans le journal corné qu’il ne finira jamais. Je voudrais dire à Joséphine qu’elle va s’en remettre, parce qu’il paraît que c’est ainsi, qu’on se remet de tout. Je voudrais lui promettre que, chaque jour, elle ira un peu mieux, que ce sera imperceptible, mais bien réel et que dans quelques temps son grand sourire sera de retour, qu’elle s’extasiera de nouveau face au soleil, à la pluie, et ne parlons même pas de la neige. Je voudrais la rassurer, mais je n’y crois pas. Ce que je crois, c’est qu’il lui manquera jusqu’à son dernier souffle. Qu’elle pensera à lui chaque matin de chaque mois de chaque année, qu’elle se demandera si elle aurait pu le sauver, qu’elle imaginera une autre vie, un foyer parallèle, dans laquelle il sera. Ce que je crois, c’est qu’elle aimera sans doute un autre homme, mais d’un amour tronqué, amputé, d’un amour décoloré, sur lequel s’étalera l’ombre de l’angoisse qui ne quitte jamais ceux qui savent que tout peut basculer, comme ça, en une seconde ».

« – Gaston n’est pas mort seul, souffle-t-elle soudain. Suzanne et moi relevons la tête de concert. – Gaston n’est pas mort seul, répète Joséphine d’une voix blanche. Il a emporté avec lui nos futurs enfants. »

« Mon cœur s’est brisé comme un biscuit sec. Ma grand-mère avait oublié mon prénom, mon visage, son âge, sa vie, (…) Elle n’existait plus. »

« Les souvenirs sont mes biens les plus précieux. Il m’arrive de penser à ma grand-mère, qui les a perdus les uns après les autres, de me demander ce qui se passe dans une tête dévalisée de son histoire. Peut-on s’émouvoir de l’odeur de l’herbe fraîchement coupée si elle ne nous renvoie pas à nos après-midi d’enfance ? Peut-on frissonner en entendant Ella Fitzgerald alors qu’elle ne rappelle aucune soirée délicieuse ? Peut-on avoir envie de se lever quand on ne sait plus ce qu’est un matin ? Le présent importe-t-il quand le passé s’est évaporé ? »

« De mon temps, on ne choisissait pas vraiment ce que l’on aimait ou non. Il y avait les choses qui se faisaient et les autres, la seconde catégorie étant bien plus fournie que la première, surtout si l’on était née avec un vagin. La personnalité était ensevelie sous les convenances. »

« Tu es un mari et un père attentionné, et, par-dessus, tu es l’homme que j’aime. J’aime ton humour, j’aime ta droiture, j’aime ta générosité, j’aime ta sensibilité, j’aime nos longues discussions, nos fous rires et notre complicité, j’aime m’endormir et me réveiller à tes côtés, j’aime ta voix, tes caresses, j’aime quand tu t’assoupis sur le fauteuil et que je te réveille d’un baiser, j’aime ton regard sur moi, j’aime nos projets. On a beaucoup de chance de s’être trouvés. »

« Ma mère est morte. Je n’ai pas pleuré. Son corps a cessé de fonctionner, mais elle avait arrêté de vivre depuis dix ans. Le jour du décès de mon père. »

« Je n’ai plus de parents. Je ne suis plus la fille de personne. Je me sens toute petite, ce soir. »

« J’étais une enveloppe vide, mes émotions s’étaient éteintes. Le manque de lui était insupportable. J’étais prête à tout, à absolument tout, pour passer encore une minute avec lui. Un ultime moment pour le regarder, pas seulement le voir, pour l’écouter, pas seulement l’entendre, pour le toucher, le sentir, pour fixer toutes ces sensations et ne jamais les oublier. »

« On devrait savoir à l’avance que les fois sont les dernières. On les vivrait plus intensément. »

« – Je n’ai pas peu de mourir, a-t-il repris. On ne nous a pas menti, on sait depuis le début qu’il y a une fin. Je me sens chanceux. J’ai fait un long voyage et j’ai eu le bonheur de te croiser sur mon chemin. »

« Rosalie affirme que l’humain n’est pas fait pour passer toute sa vie avec la même personne. « Pourquoi se contenter d’un sucre d’orge quand on peut croquer toutes les confiseries ? » m’a-t-elle demandé un jour. Je comprends son point de vue, même si je préfère faire attention à mes dents. »

« Je suis au soir de ma vie, j’ai partagé plus de soixante ans avec mon mari, chaque journée, chaque nuit, et j’en veux encore. Je n’en ai pas eu assez. »

« La vie aurait-elle la même valeur si elle durait toujours ? »

« Devenir vieux est un privilège. Par-dessus tout, j’ai compris que la vie ne serait pas aussi précieuse si elle était éternelle. Sans ce sablier dans un coin de nos têtes, sans doute ne chercherions-nous pas à profiter de chaque instant, à nous fabriquer de bons moments, à apprécier ce que nous offre l’existence. (…) Plus nous approchons de la ligne d’arrivée, plus nous avons conscience de ce qui compte vraiment, plus l’insignifiant le devient. L’acuité est meilleure. Je n’ai jamais prêté autant attention aux jolies choses qui m’entourent que depuis que j’ai entamé la dernière ligne droite. Les gouttes de pluie qui rebondissent sur le sol, une abeille qui butine, la douceur du silence, la mélodie d’une voix aimée, la magie d’un corps qui vit, l’éclat du soleil sur une perle de rosée, le chant du merle, la caresse du vent. Nous sommes entourés de merveilleux. »

« (…) les promesses à soi-même sont les seules que l’on peut trahir sans blesser qui que ce soit. »

« Mon mari ne me donne pas l’impression d’avoir vingt ans, voilà bien longtemps que je n’ai pas frissonné sous son regard, mais pour rien au monde je ne revivrai ces émois du début. Je leur préfère le lien solide tressé au fil des ans, la confiance gagnée, la rassurante connaissance mutuelle. Je me balade dans notre couple les yeux fermés, je connais chaque mur, chaque porte, j’y suis chez moi. Mon foyer, c’est nous deux. »

« Je pourrais parcourir la planète, te chercher dans chaque pays, dans chaque village. Je pourrais y consacrer ma vie, mais ce serait peine perdue. Tu n’es plus là. (…) Je ne te chercherais plus. Je sais où te trouver. Je ferme les yeux et tu es là, je rejoue chaque moment avec toi, je vois ton sourire, j’entends ta voix, je sens ton parfum poudré. Dans mes souvenirs, tu vis à tout jamais. »

« L’attente est sans doute la chose la plus insupportable. Quand l’espoir se bat contre l’angoisse, quand on ne sait pas lequel sortira vainqueur. »

« J’essaie de ne pas regretter. Ce serait ajouter du chagrin au chagrin. On ne naît pas avec les armes pour affronter la vie, on les affûte au fur et à mesure, on apprend leur fonctionnement sur le tas. On se trompe, parfois. On se protège, souvent. Il est plus facile de viser autrui que soi-même. Il est plus difficile d’être en colère que triste. »

« Il ne faut pas pleurer ce qui ne sera plus, mais chérir ce qui a été. »

« Vis, danse, ris, aime, cours, découvre, vibre, profite. Ne perds jamais de vue l’essentiel : l’histoire a vraiment une fin. Ne perds pas de temps. C’est maintenant. Et cela vaut le coup. »

« Mes souvenirs sont mes biens les plus précieux, l’idée de les voir s’évaporer petit à petit me terrifie. Je ne veux pas être une carcasse vide. Je ne veux pas oublier la petite fille qui jurait de ne jamais vivre loin de moi. »

« Tu es arrivé comme un soleil à un moment où notre ciel était gris. Tu as tout illuminé. »

Avez-vous lu « Quand nos souvenirs viendront danser » ou un autre livre de Virginie Grimaldi ? Vous aimez ?

Vous pouvez relire mon article sur son livre « Il est grand temps de rallumer les étoiles ».

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